Gérard De Villiers . La liste hariri. Gérard de villiers, 2010-01-06, 311p. format :Poche
Zeina Abirached . Mourir partir revenir c'est le jeu des hirondelles. Cambourakis, 2007-10-10, 186p. format :Broché
Satrapi Marjane . Persepolis. L'association, 2007-05-23, 365p. format :Broché
Jacques Beauchard . Beyrouth, la ville, la mort. Editions de l'aube, 2006-04-13, 156p. format :Broché
Longtemps, j’ai rechigné à acheter un SAS, car le sulfureux Prince Malko Linge traîne derrière lui une réputation douteuse : accusé de machisme, de racisme, fan de Goebbels et de la supériorité de la race blanche, on n’en finit pas de le vouer aux gémonies et/ou de l’acheter depuis presque 40 ans que court la série mondialement connue !
Comme beaucoup de lecteurs un peu snobinards, j’étais forcément hostile à cette approche romanesque à l’eau de rose de polars vendus en supermarché.
Jusqu’à ce jour où, dans une gare, j’ai craqué : la liste Hariri était là, devant moi avec la Bimbo gonflée au botox et sa mitraillette de rigueur en pleine page.
Dès les premières lignes j’ai retrouvé Beyrouth : j’y étais à nouveau.
Beyrouth n’est pas seulement la capitale Libanaise, elle est aussi la capitale des attentats, souvent imputables aux frères ennemis Syriens.
Ville phœnix qui renaît de ses cendres suite aux différents conflits ayant rythmé sa difficile existence, Beyrouth est un nid d’espions partagé entre Orient et Occident ; en tous lieux, la ville balance entre l’Est et l’Ouest, entre la modernité et la tradition.
Ce roman nous plonge dans l’atmosphère unique de cette ville envoûtante.
Des quartiers fleuris de Gemmayzeh, de la colline surplombant Beyrouth d’Aschrafieh, en passant par le centre ville rénové, incarnation du renouveau Beyrouthin, jusqu’à la banlieue sud, quartier général du Hezbollah, la capitale libanaise s’offre au lecteur avec ses contradictions, ses coups fourrés, son luxe et évidemment tout le climat charnel et sexuel de la ville.
Le 14 février 2005, Rafic Hariri, Premier Ministre du pays du cèdre, est assassiné en plein cœur de Beyrouth.
Deux tonnes d’explosif dissimulées dans une camionnette, 25 morts dont cette figure emblématique du Liban.
Quatre ans après, La Liste Hariri nous plonge dans l’intrigue qui reste posée : qui est le coupable ? Quels sont les témoins, et où sont-ils ? Comment faire avancer l’enquête qui piétine ? Il faut absolument fournir des preuves au Tribunal International pour le Liban, qui permettraient d’accuser le voisin syrien, emmené par son raïs Bachar Al-Assad et un deuxième bureau féroce et implacable…
Naviguant entre terrorisme d’Etat, rivalité politique, coopération et traîtrise entre services secrets, ce polar retransmet pour autant avec grande précision et une compréhension fine des alliances, des stratégies régionales et des subtilités géopolitiques de ce Levant si complexe pour toute personne non initiée.
Evidemment, le récit est ponctué de frasques sexuelles torrides, entre Son Altesse Sérénissime Malko et une superbe princesse saoudienne Sahaalan Al Bin Saoud. Et, ne soyons pas hypocrites, non sans un brin d’excitation!
Polar haletant, enquête minutieuse, personnages un peu classiques mais néanmoins appropriés, je ne peux que vous recommander ce bouquin, qui pour l’anecdote aurait été interdit au Liban, notamment pour ses accusation proférées à l’encontre des syriens et du Hezbollah, avant d’être autorisé récemment…

Après un roman, c’est au travers d’une BD, Mourir, partir, revenir, le jeu des hirondelles que nous poursuivons ce voyage oriental et cette étape beyrouthine et ce, en compagnie de la jeune auteur libanaise Zeina Abiracheb.
Rien de mieux pour appréhender la dureté de la vie de Beyrouth entre 1975 et 1990 que ce « Persépolis libanais », à travers un portrait de famille plein d’humour et de sarcasme.
Retranscrivant le récit de sa grand-mère, Zeina Abiracheb livre une description du quotidien d’une famille beyrouthine en pleine guerre civile.
Les dessins volontairement enfantins ponctués de texte très courts constituent le décor d’un Liban déchiré et de sa capitale scindée en deux : Beyrouth-Est, quartier chrétien et Beyrouth Ouest, quartier Musulman.
Le plus saisissant est la rupture nette entre les deux quartiers de la ville clivée par les barrages tenus par différentes milices. Si la guerre civile est finie, Beyrouth conserve malheureusement ces territoires parfois enclavés.
Cet ouvrage m’a rappelé un souvenir : assis à une terrasse de café en plein quartier sunnite de Beyrouth en mai 2009, je me rappelle ce serveur me questionnant sur Gemmayzhé, quartier chrétien, à quelques centaines de mètres de là. Ce dernier ne connaissait pas le quartier voisin du sien comme s’il s’interdisait de s’approprier une ville qui est pourtant sienne. C’est moi, jeune parisien découvrant Beyrouth pour la première fois, qui lui fit une description de l’atmosphère fleurie de Gemmayzhé...
Vous l’aurez compris, Mourir, partir, revenir : le jeu des hirondelles, ouvrage original et atypique (bien que parfois répétitif) sied à merveille à Beyrouth, ville Phoenix.

Pour comprendre la capitale libanaise qui renaît de ses cendres en permanence, un dernier ouvrage, un peu plus sérieux que les précédents, me paraît indispensable : Beyrouth, la ville la mort de Jacques Beauchard.
Beyrouth, (Beryt), fut le phare de la méditerranée pendant longtemps.
Ville lumière, elle accueillait la principale université qui dictait le droit dans tout l’empire romain.
Ville d’affaires et de villégiature pour de nombreux arabes après la deuxième guerre mondiale, elle fut ravagée par la guerre civile jusqu’en 1990.
Ce seront les manifestations du 14 février 2005, suite à l’assassinat du premier ministre Rafic Hariri, qui symboliseront l’énième renaissance beyrouthine : la foule se déverse dans les rues convergeant vers la place des canons où trônent la mosquée Al-Amine, voisine de l’église Saint Georges.
Ce sera l’acte fondateur d’une difficile quête de la souveraineté libanaise autant qu’une communion avec une ville où les territoires sont en suspens le temps de l’invention d’un espace public commun.
L’auteur, sociologue, nous livre sa vision d’une ville phénicienne, arabe, ottomane et occidentale dont la compréhension s’avère complexe.
Des frasques sexuelles de la princesse Al Bin Saoud, aux fresques en noir et blanc de Zaina Abiracheb jusqu’à « la ville la mort, » Beyrouth ne vous sera plus jamais indifférente !
Jean-Baptiste Beauchard
http://geopolitiqueduprocheorient.wordpress.com/
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5 commentaires postés
Bravo pour cette chronique à l'inspiration pour le moins bigarrée... Mes pensées vagabondes se dirigent soudain vers Beyrouth grâce à vous, ou à cause de vous, je ne veux pas savoir...
Un fidèle lecteur de votre site.
JG
Cet article de Jean-Baptiste me fait rebondir sur le dernier hors série de Books qui vient de sortir. Pour ceux qui ne connaitraient pas (encore) la revue, il s'agit d'un Courrier international du livres, autrement dit une sélection des meilleurs articles à propos de livres parus dans le monde. Ce hors série est consacré à la BD du monde entier, lucarne essentielle sur l'actualité. On y retrouve un entretien avec Zeina Abiracheb dont Jean-Baptiste parle dans son article. Lisez ces 100 pages très illustrées qui nous baladent aux quatre coins du monde à travers des récits intimistes, historiques, critique de la société et des moeurs. Passionnant !
Pour découvrir Books...
Je n'ai pas lu la liste Hariri mais pour moi l'implication de la Syrie et sans doute du Hezbollah ne fait pas de doute . J'espere que le tribunal international arrivera a le prouver tout en redoutant les consequences : reprise des attentats contre les opposants a l'hegemonie syrienne, pressions de toutes sortes...
;)
Pour ceux que l'esprit libanais interesse, il y a bien entendu "le prophète" à lire, de Khalil Gibran. Bien que celui-ci ait passé la majeure partie de sa vie aux Etats-Unis, son oeuvre reflète cette spiritualité propre à l'orient.
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