Catherine Sauvat . Alma mahler : et il me faudra toujours mentir. Payot, 2009-02-04, 269p. format :Broché
Alma Mahler Werfel . Journal intime. Rivages, 2010-01-13, 304p. format :Broché
Françoise Wagener . Je suis née inconsolable : louise de vilmorin (1902-1969). Albin michel, 2008-02-27, 548p. format :Broché
Urszula Prokop . Margaret stonborough-wittgenstein. Les editions noir sur blanc, 2010-03-18, 284p. format :BrochéLes biographies sont souvent de sympathiques interludes entre deux lectures : prenez du soleil, un banc ou un beau gazon selon les goûts, quelques heures à peine, et il ne vous reste qu'à convoler à une autre vie.
J'ai choisi pour cela des femmes rayonnantes (autant ne pas s'ennuyer), souvent fantasmées (autant rêver), et à l'intellect influent (autant s'instruire).
Commençons par une femme originale et méconnue : Margaret Stonborough Wittgenstein.
Ne faites pas cette tête, je vous assure que sans le savoir, vous la connaissez déjà un peu ! Sur la couverture du livre, vous reconnaissez un célèbre tableau de Gustav Klimt qui la représente...
Nous sommes donc dans la Vienne bouillonnante du début du XXe siècle qui abrite tant d'autres grands noms (Sigmund Freud, Gustav Mahler, Stefan Zweig...).
Et puis ce nom, Wittgenstein, vous dit bien quelque chose si quelques souvenirs de vos cours de philo remontent à la surface de votre mémoire : Ludwig Wittgenstein, grand philosophe du XXe siècle, qui n'est autre que le frère chéri et influencé par Margaret.
Dans cette biographie récente, Ursula Prokop nous invite dans l'intimité d'une grande famille viennoise : Karl, le père, incarne la toute-puissance paternelle : autoritaire, brillant, c'est aussi un homme d'affaire redoutable qui fait fortune dans l'acier.
La famille essaimera de beaux talents : Ludwig le philosophe bien sûr, mais aussi Paul, le pianiste contrarié à qui Ravel dédie son Concerto pour main gauche (le malheureux Paul ayant perdu son bras droit à la guerre, mieux valait ne pas se tromper dans le titre ) et puis Margaret, femme instruite et mécène majeure.
Car le salon des Wittgenstein est un passage obligé de la vie culturelle viennoise : s'y côtoient Johannes Brahms, Gustav Mahler, Pablo Casals...
Margaret y puise sa sensibilité artistique : elle ne cesse de collectionner les oeuvres d'arts, se passionne comme son frère Ludwig pour l'architecture (elle est à l'origine de la Villa Toscana ou encore du Palais Wittgenstein) et utilise sa fortune comme engagement vis à vis des artistes.
Nous sommes alors en plein Sécession viennoise, courant culturel mené par Gustav Klimt qui entend se démarquer de l'art officiel viennois, renouveler les arts, s'imprégner des influences étrangères.
Ce goût pour le cosmopolitisme correspond bien à Margaret qui épouse un américain, John Stonborough, mais ne perd jamais de vue son pays pour autant. Quand Margaret s'engage dans l'humanitaire au lendemain de la première guerre mondiale, elle s'en va trouver Herbert Hoover, futur président américain, pour mettre sur pied un programme d'aide à destination de l'Autriche.
Dans son salon on retrouve les habitués, dont, nous l'avons vu, le compositeur Gustav Mahler et sa femme Alma.
Si Alma Mahler est davantage connue, cela tient en partie à sa propre tendance à mystifier sa vie, mais aussi en sa qualité d'épouse du célèbre G. Mahler, enfin parce qu'elle détient un "avantage" sur l'épouse sage et soumise qu'est Margaret Wittgenstein, celle d'être une muse aux multiples frasques amoureuses.
De G. Mahler à l'écrivain Franz Werfel en passant par l'architecture Walter Gropius ou encore Oskar Kokoshka, Alma passionne par ses ardeurs, intrigue, énerve aussi.
Malgré tout elle reste un lien majeur dans les milieux artistiques viennois puis new yorkais d'après guerre : c'est tout l'intérêt de cette biographie de Catherine Sauvat qui ne réduit pas Alma Mahler à une femme fatale.
Son Journal, paru récemment, est intéressant à titre documentaire : couvrant la période 1898-1902, celle qui se nomme encore Alma Schindler témoigne dans ses carnets de la société viennoise, rend compte des débuts de la Sécession et notamment les débats qui y font rage.
Ses "papillonnement amoureux
" y sont aussi longuement évoqués, que ce soit autour de Klimt, Zelinski puis Mahler...C'est enfin une période particulièrement foisonnante où elle compose nombre de pièces pour piano.
Refermons la porte des salons viennois (qui auraient pu nous mener du côté de Lou Salomé, mais dont je n'ai pas encore trouvé de biographie satisfaisante), et ouvrons un autre salon, en France cette fois, d'une femme qui est un peu la synthèse de Margaret Wittgenstein et d'Alma Mahler : Louise de Vilmorin.
Née vingt ans après Margaret, Louise est aussi issue d'une lignée importante, les célèbres botanistes Vilmorin dont on trouve toujours l'ouvrage du même nom à tout bon rayon "jardin".
De même que pour les Wittgenstein il existe un "clan Vilmorin" autour de cette famille soudée de six enfants.
Même délicatesse d'esprit, même philanthropie que Margaret, Louise sait s'entourer de brillants esprits qu'elle réunit dans son salon devenu célèbre au fil des années, le Salon bleu de Verrières.
Ses qualités artistiques à elles sont l'écriture : André Malraux qu'elle rencontre dans les années 1930 l'encourage comme écrivain. Cela donnera son premier roman, Sainte Unefoix, porté aux nues par Cocteau, Gide, Paulhan et toute la critique littéraire...
Désormais introduite dans le milieu des lettres, elle craint désormais de décevoir. Ce ne sera pas le cas, preuve en est le succès de son chef d'oeuvre Madame de.
Mais au fil de cette biographie de Françoise Wagener, on pense aussi à Alma Mahler, par les conquêtes et les amitiés célèbres qui jalonnent sa vie : Antoine de Saint Exupéry, le fiancé transi de ses jeunes années, puis les heures insouciantes avec André Malraux : "ma blouse de satin blanc qui se fermait dans le dos, mes précieux vêtements parfumés, sa cravate dénouée, son veston suspendu au dossier d'une chaise, l'alcôve qui toujours baille, la pénombre où, dans notre jeunesse, nous cachions les heures volées au temps bourgeois".
Un Malraux qui la quitte, épuisé de ses infidélités, mais auprès de qui elle retournera vivre et s'éteindra, une trentaine d'années plus tard.
Entre temps, deux mariages colorés, l'un avec un industriel américain, l'autre avec un comte hongrois.
Louise a les qualités parfaites pour mener une vie mondaine que Malraux préfère qualifier de "fantaisie impulsive et féerique" : lumineuse, élégante de corps et d'esprit, mais aussi désinvolte, affirmée.
Diplomates, nobles étrangers, familles royales, savants, hommes politiques (Churchill !), hommes des lettres, peintres...l'énumération des gens qu'elle côtoie ou qui séjournent à Verrières est longue....
Une biographie étoffée (à l'image d'une vie fort remplie) pleine de légèreté et d'étourdissements (à moins que ça ne soit le soleil, allez savoir...)
Lucile
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